Marcher en forêt est-il vraiment bon pour la santé ?

Marcher en forêt est-il vraiment bon pour la santé

Moins de stress, une tension artérielle légèrement plus basse, peut-être même des effets sur certaines cellules immunitaires… Les promenades en forêt intéressent de plus en plus les chercheurs. Mais que montrent réellement les études ?

Marcher dans une forêt fait du bien. Beaucoup d’entre nous en font spontanément l’expérience.

Mais ce sentiment de bien-être peut-il être mesuré dans notre organisme ?

Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs étudient notamment le shinrin-yoku, une pratique japonaise souvent traduite par « bain de forêt ».

Le principe est simple : passer du temps dans un environnement forestier, généralement en marchant tranquillement.

Les scientifiques ont mesuré ce qui se passe avant et après : cortisol, pression artérielle, fréquence cardiaque, système nerveux et même certaines cellules immunitaires.

Et les résultats sont intéressants.

Avec toutefois une différence importante entre ce que la science montre réellement et certaines promesses spectaculaires que l’on trouve sur Internet.

1. Moins de stress : c’est le résultat le plus convaincant

C’est probablement le bénéfice le mieux documenté.

Une méta-analyse portant sur 22 études a constaté que l’exposition à la forêt était généralement associée à une diminution du cortisol, une hormone impliquée dans la réponse au stress.

Les chercheurs restent prudents car les études sont très différentes les unes des autres. Mais la tendance générale va dans le même sens : passer du temps en forêt semble favoriser la détente physiologique.

Une revue scientifique plus récente retrouve également des effets favorables sur la fréquence cardiaque, l’anxiété et certains marqueurs du stress.

Le niveau de preuve n’est pas parfait, mais le signal est suffisamment cohérent pour être pris au sérieux.

2. La pression artérielle peut légèrement diminuer

Autre résultat intéressant après 45 ans : la tension artérielle.

Une méta-analyse regroupant 21 études et 2 270 personnes a comparé les effets d’une exposition à la forêt à ceux d’un environnement urbain.

En moyenne, les chercheurs ont observé une diminution supplémentaire d’environ :

  • 3,4 mmHg pour la pression systolique ;
  • 3,1 mmHg pour la pression diastolique.

Ce n’est évidemment pas spectaculaire.

Et une promenade en forêt ne remplace certainement pas un traitement contre l’hypertension.

Mais en prévention, le résultat reste intéressant.

D’autant plus qu’en forêt, nous faisons généralement quelque chose dont les bénéfices sont, eux, parfaitement établis : nous marchons.

3. La forêt pourrait-elle aussi agir sur notre immunité ?

C’est ici que les choses deviennent plus surprenantes.

Et aussi beaucoup plus incertaines.

Le chercheur japonais Qing Li s’est notamment intéressé aux cellules NK (Natural Killer).

Ces cellules font partie de notre système immunitaire. Elles participent notamment à l’élimination de certaines cellules infectées ou anormales.

Dans une petite étude, 12 hommes ont passé trois jours et deux nuits dans un environnement forestier et effectué plusieurs promenades.

Après le séjour, les chercheurs ont observé une augmentation de l’activité des cellules NK.

Une autre expérience réalisée auprès de 13 femmes a obtenu des résultats comparables.

Voilà l’origine de certaines affirmations que l’on retrouve aujourd’hui sur les réseaux sociaux :

« Deux jours en forêt renforcent votre système immunitaire de 50 %. »

Cette formulation est trompeuse.

Les chercheurs ont mesuré l’activité de certaines cellules immunitaires.

Cela ne signifie absolument pas que l’ensemble du système immunitaire devient 50 % plus performant.

Notre immunité est beaucoup plus complexe.

Et surtout, ces premières études portent sur de très petits groupes de personnes.

Il s’agit donc d’une piste scientifique intéressante, pas d’une preuve que la forêt nous protège des infections ou du cancer.

4. Les arbres émettent-ils réellement des substances qui agissent sur nous ?

Oui, et c’est probablement la partie la plus étonnante de ces recherches.

Les végétaux libèrent naturellement dans l’air différents composés organiques volatils.

Dans les recherches sur les bains de forêt, on parle notamment de phytoncides. Parmi eux figurent des molécules comme l’alpha-pinène et le bêta-pinène.

Lorsque nous marchons dans une forêt, nous respirons certains de ces composés.

Des expériences réalisées en laboratoire montrent que plusieurs d’entre eux peuvent influencer l’activité des cellules NK.

Une petite expérience est particulièrement intrigante.

Des chercheurs ont installé 12 hommes dans un hôtel situé en ville et diffusé pendant la nuit de l’huile essentielle provenant de cyprès japonais.

Ils ont ensuite observé certaines modifications de l’activité des cellules NK.

Cela suggère que les substances émises par les végétaux pourraient participer aux effets observés en forêt.

Mais nous ne savons pas encore quelle importance réelle ce mécanisme possède chez l’être humain dans la vie quotidienne.

5. Pourquoi la forêt nous ferait-elle du bien ?

C’est probablement la meilleure question à se poser.

Car lorsque nous marchons tranquillement dans une forêt, énormément de choses changent en même temps.

Nous bougeons.

Nous sommes généralement moins exposés au bruit.

Nous regardons la végétation.

Nous sommes à la lumière naturelle.

Notre attention est moins sollicitée.

Nous pouvons respirer plus calmement.

Nous sommes souvent éloignés des sollicitations professionnelles et numériques.

Et nous respirons certains composés produits par les végétaux.

Il est donc difficile de dire :

« C’est telle molécule produite par les arbres qui provoque le bénéfice. »

La réalité est probablement plus intéressante.

L’environnement naturel pourrait agir simultanément sur plusieurs mécanismes psychologiques et physiologiques.

6. Faut-il marcher lentement ?

Pas nécessairement.

Tout dépend de ce que vous recherchez.

Si votre objectif est de vous détendre, une marche tranquille permet de porter davantage attention à votre environnement : regarder les arbres, écouter les sons, sentir les odeurs et laisser votre respiration se calmer.

Mais courir ou randonner activement en forêt apporte aussi les nombreux bénéfices de l’activité physique.

Il n’y a donc aucune raison d’opposer les deux.

On peut courir en forêt un jour et s’y promener tranquillement le lendemain.

Les bénéfices recherchés ne sont simplement pas exactement les mêmes.

7. Faut-il éteindre son téléphone ?

On trouve parfois une affirmation beaucoup plus radicale :

regarder son téléphone empêcherait le système nerveux parasympathique de s’activer et annulerait les bénéfices de la forêt.

Nous n’avons pas de preuves suffisamment solides pour l’affirmer.

En revanche, le bon sens rejoint probablement ici la physiologie.

Passer une heure à marcher en répondant à des mails professionnels n’est probablement pas la même expérience que marcher en regardant son environnement.

Vous n’avez donc pas forcément besoin de laisser votre téléphone à la maison.

Mais vous pouvez simplement le laisser dans votre poche.

8. Combien de temps faut-il rester en forêt ?

C’est une question à laquelle la science ne permet pas encore de répondre précisément.

Les études utilisent des protocoles très différents : quelques dizaines de minutes, plusieurs heures ou même plusieurs jours.

Il n’existe donc pas aujourd’hui de prescription scientifique du type :

« Il faut passer exactement X minutes par semaine en forêt. »

Et c’est peut-être une bonne nouvelle.

Inutile de transformer une activité agréable en nouvelle contrainte de santé.

Alors, faut-il marcher davantage dans la nature après 45 ans ?

Probablement oui.

Mais pas parce que les arbres constitueraient une sorte de médicament naturel.

Les données scientifiques suggèrent surtout que passer du temps dans un environnement forestier peut :

  • favoriser la diminution du stress ;
  • contribuer à une légère baisse de la pression artérielle ;
  • favoriser un état de détente ;
  • et peut-être modifier certains paramètres immunitaires, même si ce dernier point reste beaucoup moins établi.

Ajoutons à cela quelque chose de beaucoup mieux démontré : marcher régulièrement est excellent pour la santé cardiovasculaire, métabolique et fonctionnelle.

Le principal intérêt de la forêt est peut-être finalement très simple.

Elle nous donne un environnement particulièrement agréable pour faire simultanément plusieurs choses favorables à notre santé :

bouger, ralentir, respirer, diminuer les sollicitations et passer du temps dans la nature.

Pas besoin d’en faire une thérapie miracle.

Une paire de chaussures et un chemin peuvent déjà être un très bon début.

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