On le sait : le diabète de type 2 avance en silence, et l’alimentation est un des rares leviers concrets du quotidien.
Une nouvelle étude française, menée dans la cohorte NutriNet-Santé et publiée dans Nature Communications, met un sujet sous le projecteur : certains additifs “conservateurs”, très courants, seraient associés à une incidence plus élevée de diabète de type 2.
Important : on parle bien d’association, pas de preuve de causalité. Mais le signal est assez net pour mériter un vrai décodage.
L’étude, en version simple
- Population : 108 723 participants, France, suivi 2009–2023.
- Méthode : des rappels alimentaires 24h répétés, avec une estimation fine des expositions aux additifs via bases de données + analyses en laboratoire.
- Cas : 1 131 diabètes de type 2 identifiés sur la période.
- Résultat central : les personnes les plus exposées à certains conservateurs avaient une incidence plus élevée de diabète de type 2.
Les additifs les plus souvent associés au risque (dans cette étude)
Sur les conservateurs étudiés individuellement, 12 ressortent (après corrections statistiques) comme associés à une incidence plus élevée de diabète de type 2, notamment :
Conservateurs “classiques”
- E202 sorbate de potassium
- E224 métabisulfite de potassium
- E250 nitrite de sodium
- E260 acide acétique
- E262 acétates de sodium
- E282 propionate de calcium
Additifs “antioxydants” utilisés comme conservateurs
- E301 ascorbate de sodium
- E307 alpha-tocophérol
- E316 érythorbate de sodium
- E330 acide citrique
- E338 acide phosphorique
- E392 extraits de romarin
Où se cachent-ils, concrètement ?
L’intérêt (et le côté un peu inquiétant) : ces substances ne sont pas cantonnées à “la malbouffe caricaturale”.
Exemples typiques (selon les profils d’usage décrits dans l’article / synthèses associées) :
- Nitrites (E250) : surtout charcuteries / viandes transformées.
- Sulfites (famille E220-E228, dont E224) : très fréquents dans certaines boissons (ex. vin) et produits où ils sont utilisés comme conservateurs.
- Propionates (E282) : souvent dans pains industriels, produits céréaliers, etc.
- Acides / citrates / phosphates (E260, E330, E338) : présents dans plein d’aliments transformés (sauces, boissons, produits préparés…).
Et pour donner l’échelle : des bases comme Open Food Facts recensent des millions de produits, avec une progression continue — ce qui illustre à quel point les listes d’ingrédients “compliquées” sont devenues banales.
“Mais si c’est autorisé, c’est forcément safe ?”
Pas aussi simple.
- Les autorités réévaluent régulièrement des additifs (ex. nitrites, sulfites), parfois avec des points d’attention sur les gros consommateurs ou des incertitudes de données.
- L’étude appelle justement à une réévaluation de certains conservateurs, au vu du signal observé en population.
Encore une fois : ce n’est pas “preuve de toxicité”, mais c’est un drapeau.
Ce que tu peux en faire (sans tomber dans la parano)
L’objectif n’est pas de traquer 12 codes E à la loupe comme un douanier. L’objectif, c’est réduire l’exposition globale aux additifs “superflus”, sans te compliquer la vie.
5 gestes simples qui font vraiment baisser l’exposition
- Charcuteries : si tu réduis la fréquence, tu réduis mécaniquement l’exposition aux nitrites (E250).
- Pain & produits céréaliers : tester une alternative “liste d’ingrédients courte” (boulanger / artisanal / marque plus simple) pour limiter certains propionates (E282).
- Sauces, vinaigrettes, plats préparés : ce sont des “nids à additifs”. Passer à 1–2 recettes maison “par défaut” change tout.
- Règle des 5 ingrédients : quand la liste dépasse 5–7 ingrédients (et/ou aligne plusieurs additifs), tu sais que tu peux souvent trouver plus simple.
- Ton joker : garde 2–3 produits industriels “qui te sauvent” mais choisis-les (au lieu de les subir).
Les limites à garder en tête (pour rester solide)
- Étude observationnelle : association ≠ causalité.
- Les participants NutriNet-Santé ne sont pas un miroir parfait de toute la population (profil souvent plus “prévention”).
- L’exposition aux additifs est difficile à mesurer parfaitement, même si leur méthode est plus fine que la plupart des cohortes.
Malgré ça : quand une exposition est aussi répandue et que le signal ressort sur une grande cohorte, ça mérite qu’on fasse un peu mieux que “bof”.


