Nous savons aujourd’hui qu’une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et un sommeil de qualité contribuent à préserver notre santé avec l’âge. Mais un autre facteur mérite toute notre attention : la qualité de nos relations avec les autres.
Amis, famille, conjoint, collègues… Notre entourage influence notre humeur, notre énergie et notre bien-être. Et les recherches scientifiques suggèrent que ces relations pourraient aussi agir sur notre santé physique, notamment à travers le stress, l’inflammation et certains mécanismes biologiques du vieillissement.
Prendre soin de ses relations pourrait donc faire partie d’une démarche de prévention, au même titre que prendre soin de son corps.
Une étude récente établit un lien entre relations difficiles et vieillissement biologique
En février 2026, des chercheurs américains ont publié dans la prestigieuse revue scientifique PNAS une étude consacrée aux relations sociales négatives et à leur association avec le vieillissement biologique.
Les scientifiques se sont intéressés aux personnes de notre entourage qui nous compliquent régulièrement la vie : celles qui provoquent des tensions, des contrariétés ou des situations stressantes répétées.
Les chercheurs les désignent par le terme anglais hasslers, que l’on pourrait traduire par « personnes génératrices de difficultés ».
L’étude, menée auprès de 2 685 adultes de l’Indiana, a notamment utilisé des marqueurs épigénétiques permettant d’estimer certains aspects du vieillissement biologique.
Les résultats sont intéressants :
- Près de 30 % des participants déclaraient avoir au moins une personne de ce type dans leur entourage proche.
- Chaque relation difficile supplémentaire était associée, en moyenne, à un rythme de vieillissement biologique estimé 1,5 % plus rapide.
- Elle était également associée à un âge biologique estimé environ neuf mois plus élevé.
Ces résultats ont naturellement attiré l’attention. Faut-il en conclure qu’une personne difficile nous fait vieillir plus rapidement ?
Pas aussi vite.
Cette étude montre une association statistique, mais ne démontre pas que les relations difficiles provoquent directement un vieillissement accéléré.
La méthodologie a d’ailleurs fait l’objet d’une critique scientifique, publiée elle aussi dans PNAS en mai 2026. Les auteurs ont répondu à cette critique, mais une limite importante demeure : les chercheurs n’ont pas mesuré l’évolution du vieillissement biologique des participants sur plusieurs années.
Les chiffres de neuf mois et de 1,5 % ne doivent donc pas être interprétés comme une perte individuelle d’espérance de vie.
Cette recherche reste néanmoins intéressante, car elle vient compléter un ensemble d’études plus anciennes sur les liens entre relations sociales, stress et santé.
Les relations sociales et la longévité : des résultats déjà solides
L’idée selon laquelle nos relations influencent notre santé n’est pas nouvelle.
En 2010, une importante méta-analyse publiée dans PLOS Medicine a regroupé les résultats de 148 études portant sur plus de 308 000 personnes.
Les chercheurs ont constaté que les personnes disposant de relations sociales plus solides présentaient des chances de survie significativement plus élevées.
L’association statistique observée correspondait à des chances de survie supérieures de 50 %. Ce résultat ne signifie pas que chaque individu gagne 50 % d’espérance de vie grâce à ses amis. Il indique cependant que les relations sociales sont fortement associées à la longévité.
Une seconde méta-analyse, publiée en 2015, a également mis en évidence des associations entre solitude, isolement social et mortalité.
Ces travaux nous invitent à élargir notre conception de la prévention.
Bien vieillir ne dépend pas uniquement de ce que nous mangeons ou de la quantité d’exercice que nous pratiquons. Notre environnement social compte aussi.
Comment nos relations peuvent-elles influencer notre organisme ?
Pour comprendre ce lien, il faut s’intéresser à notre réponse physiologique au stress.
Face à une situation difficile, notre organisme mobilise plusieurs systèmes d’adaptation.
Le système nerveux sympathique s’active, certaines hormones comme l’adrénaline et le cortisol interviennent, et notre corps se prépare à faire face à la situation.
Cette réaction est parfaitement normale. Elle est même indispensable.
Le problème apparaît lorsque les tensions deviennent fréquentes, intenses ou durables, sans périodes de récupération suffisantes.
Un stress chronique peut alors contribuer à perturber le sommeil, modifier certaines réponses immunitaires et favoriser des mécanismes inflammatoires.
Or, l’inflammation chronique de faible intensité est impliquée dans plusieurs processus associés au vieillissement et aux maladies liées à l’âge.
Il ne faut cependant pas en déduire que chaque contrariété ou conflit entraîne une inflammation néfaste. Les effets dépendent de nombreux facteurs, notamment de l’intensité du stress, de sa durée, de notre santé et de nos capacités de récupération.
Ce n’est donc pas l’existence de difficultés relationnelles qui pose nécessairement problème, mais leur répétition et leurs conséquences possibles sur notre équilibre.
Une étude de 2025 apporte de nouveaux éléments biologiques
En janvier 2025, une étude publiée dans Nature Human Behaviour a apporté un éclairage supplémentaire.
Les chercheurs ont analysé les données de 42 062 participants de la UK Biobank et étudié près de 3 000 protéines présentes dans leur sang.
Ils ont identifié plusieurs protéines associées à la solitude ou à l’isolement social, notamment dans des mécanismes liés à l’inflammation et au fonctionnement du système immunitaire.
Certaines étaient également associées à des risques de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de mortalité au cours du suivi.
Cette recherche ne portait pas directement sur les relations conflictuelles, mais sur la solitude et l’isolement.
Elle apporte néanmoins un argument supplémentaire : les liens entre notre environnement social et notre santé ne sont probablement pas uniquement psychologiques. Ils peuvent aussi se manifester au niveau biologique.
Après 45 ou 50 ans, pourquoi s’intéresser davantage à ses relations ?
Avec les années, nos relations évoluent.
Les enfants grandissent et deviennent indépendants. Les parcours professionnels changent. Certains amis s’éloignent géographiquement. De nouvelles activités créent de nouvelles rencontres. La retraite peut également transformer notre vie sociale.
Ces évolutions ne sont pas nécessairement négatives.
Elles peuvent même représenter une formidable occasion de faire évoluer notre entourage, de renouer avec certaines personnes ou de créer des relations plus enrichissantes.
La question n’est donc pas simplement de savoir combien nous avons d’amis ou de contacts.
Elle est aussi de nous demander si nos relations correspondent à ce que nous souhaitons vivre.
Avons-nous des personnes avec lesquelles nous pouvons parler librement ? Des amis qui nous font rire ? Des proches sur lesquels nous pouvons compter ? Des activités qui favorisent les rencontres et les échanges ?
Une vie sociale satisfaisante n’est pas forcément une vie sociale très remplie.
Certaines personnes apprécient de nombreux contacts. D’autres privilégient quelques relations profondes.
L’essentiel est de construire un environnement relationnel qui répond à nos besoins et contribue à notre équilibre.
Cinq pistes pour prendre soin de sa santé relationnelle
La prévention relationnelle ne nécessite pas de bouleverser sa vie. Elle peut commencer par quelques habitudes simples.
1. Consacrer du temps aux relations qui nous font du bien
Nous connaissons souvent les personnes avec lesquelles nous nous sentons détendus, écoutés ou stimulés.
Pourtant, nos obligations quotidiennes peuvent nous conduire à négliger ces relations.
Un déjeuner, une promenade, un appel téléphonique ou une activité partagée permettent d’entretenir ces liens.
L’important est leur qualité et leur régularité, davantage qu’un nombre imposé de rencontres.
2. Développer des activités qui favorisent les rencontres
Sport collectif, randonnée, association, bénévolat, cours de musique, activités culturelles…
Ces activités présentent un double intérêt : elles procurent du plaisir et permettent de rencontrer des personnes autour de centres d’intérêt communs.
Le sport en groupe, par exemple, peut associer les bénéfices de l’activité physique à ceux de la convivialité.
C’est une manière particulièrement intéressante d’enrichir sa démarche de prévention.
3. Apprendre à mieux gérer les tensions relationnelles
Toutes les relations connaissent des désaccords.
Chercher à supprimer les conflits serait irréaliste et probablement peu souhaitable. Un désaccord peut aussi permettre de clarifier des attentes et d’améliorer une relation.
En revanche, certaines situations gagnent à être abordées différemment.
Exprimer ses besoins, poser des limites, éviter les discussions qui tournent systématiquement à l’affrontement ou prendre momentanément de la distance peuvent aider à réduire les tensions répétées.
Lorsque la situation est particulièrement difficile, un accompagnement psychologique peut également être utile.
4. Préserver des moments de récupération
Après une discussion éprouvante ou une période de tensions, notre organisme a parfois besoin de retrouver son équilibre.
La marche, l’exercice physique adapté, la respiration lente, les activités plaisantes et le sommeil peuvent contribuer à cette récupération.
Ces pratiques ne font pas disparaître les problèmes relationnels, mais elles peuvent nous aider à mieux gérer leurs conséquences.
5. Oser faire évoluer son entourage
Avec l’âge, nous apprenons parfois à mieux identifier les relations qui nous enrichissent et celles qui nous épuisent.
Cela ne signifie pas qu’il faille rompre avec toute personne difficile.
Il peut simplement être utile de revoir la fréquence de certains contacts, de modifier la façon dont nous interagissons ou d’accorder davantage de temps aux relations positives.
Il n’existe pas de modèle universel de vie sociale idéale.
Ce qui compte, c’est de trouver un équilibre satisfaisant entre proximité, autonomie et tranquillité.
Bien vieillir, c’est aussi cultiver la qualité de sa vie sociale
Les recherches sur les relations sociales et la santé nous transmettent un message encourageant.
Nous pouvons agir sur plusieurs dimensions de notre environnement relationnel, même si nous ne maîtrisons évidemment pas toutes les circonstances de notre vie.
L’étude publiée dans PNAS en 2026 ne démontre pas qu’une relation difficile nous retire neuf mois de vie. Mais elle apporte une nouvelle piste de réflexion à un ensemble de travaux scientifiques montrant l’importance des liens sociaux pour la santé.
La prévention ne se limite donc pas à surveiller sa tension artérielle, pratiquer une activité physique ou améliorer son alimentation.
Elle peut aussi consister à entretenir ses amitiés, partager des activités, créer des liens, exprimer ses besoins et mieux gérer les tensions du quotidien.
Prendre soin de ses relations, c’est aussi prendre soin de soi.
Et c’est une bonne nouvelle : à tout âge, nous pouvons continuer à construire des relations qui enrichissent notre vie.
Les études scientifiques citées
1. Lee B. et al. (2026) — Negative social ties as emerging risk factors for accelerated aging, inflammation, and multimorbidity. Proceedings of the National Academy of Sciences.
2. Zhang Q. (2026) — Do negative social ties accelerate aging in adults, or does aging erode social ties? PNAS. Critique méthodologique de l’étude précédente.
3. Holt-Lunstad J. et al. (2010) — Social relationships and mortality risk: A meta-analytic review. PLOS Medicine.
4. Holt-Lunstad J. et al. (2015) — Loneliness and social isolation as risk factors for mortality: A meta-analytic review. Perspectives on Psychological Science.
5. Shen C. et al. (2025) — Plasma proteomic signatures of social isolation and loneliness associated with morbidity and mortality. Nature Human Behaviour.

